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Les Espèces chassées : la Perdrix Bartavelle

PERDRIX BARTAVELLE
(Alectoris graeca)

La perdrix bartavelle appartient à la famille des phasianidés qui comprend les perdrix, les cailles et les faisans.
Elle ressemble beaucoup à la perdrix rouge avec sa gorge blanche, ses flancs barrés de noir, de roux et de blanc, son bec et ses pattes rouges.
Coq et poule, aux plumages identiques, ont le dos d'un gris cendré brunâtre, le haut de la poitrine gris bleuté, le ventre roux pâle et les flancs rayés de roux, de noir et de crème.
Le bec et les pattes sont rouges.

La bartavelle se distingue de la perdrix rouge, entre autres caractères, par une gorge blanche plus grande et bordée d'un collier noir sans mouchetures et par des plumes des flancs marquées de deux bandes noires au lieu d'une.

En raison de l'absence de dimorphisme sexuel marqué, il est impossible de déterminer le sexe d'une bartavelle en nature, sauf au printemps lorsque les oiseaux sont observés en couple. Le mâle se distingue de la poule par une stature un peu plus forte et par des différences d'attitude : il a tendance à guetter plus souvent et lance fréquemment, tête dressée, quelques strophes depuis un promontoire rocheux tandis que la femelle s'alimente dans les environs.

La bartavelle est la plus grande des perdrix (33 à 43 cm ; 460 à 770 g). Au printemps, elle vit en couple et la femelle pond 8 à 14 œufs qui éclosent de fin juin à début août. Aux autres saisons elle peut vivre seule ou au sein de compagnies qui regroupent de 2 à 12 individus.

C'est à son chant que l'on repère le plus facilement la bartavelle : émis surtout à l'aube et à la tombée de la nuit, il est assez sonore, bien rythmé et un peu grinçant. On l'entend fréquemment d'avril à fin juin, occasionnellement en été et en automne, rarement en hiver. Chant de parade au printemps, il sert aussi au mâle à avertir les coqs voisins de sa présence et à chasser l'intrus. A toutes saisons, il est un appel de ralliement lancé par les oiseaux des deux sexes.

Les fientes, de forme cylindrique, ont une extrémité renflée blanche constituée d'urates et l'autre extrémité amincie. Elles mesurent 15-40 mm de long sur 5-7 mm de large, sauf chez la poule couveuse qui produit des crottes au diamètre beaucoup plus gros que celui des crottes habituelles (environ 25 mm). Leur couleur varie suivant la nature des aliments consommés : le plus souvent verdâtre lorsque l'ingestion de nourriture verte prédomine, elle peut être beige clair (inflorescences de carex), rosée (criquets), violacée (myrtilles), brun marron (graines).

La bartavelle manifeste aussi sa présence par des cuvettes ovales de terre grattée, les places de pouillage, qu'elle creuse pour prendre un bain de poussière. On y trouve parfois des plumes des flancs, marquées de deux bandes noires, qui signalent à coup sûr la présence de perdrix bartavelles ou éventuellement de rochassières dans la zone d'hybridation naturelle.

Les empreintes de la bartavelle sur la neige sont très caractéristiques : leurs contours sont nets et la trace du doigt médian de 45 à 57 mm de longueur dépasse largement celle des doigts latéraux. La voie suit un tracé rectiligne ou des courbes.

La bartavelle affectionne les reliefs accidentés aux sols secs ou rocailleux couverts d'une végétation herbacée basse. Elle peut vivre aussi bien dans les garrigues que dans les alpages de haute montagne.

Pendant la nidification, la perdrix bartavelle occupe essentiellement l'étage subalpin ainsi que l'étage montagnard s'il n'est pas forestier. Ses milieux préférés sont les pelouses parsemées de rochers et d'arbrisseaux nains situées sur des versants bien exposés, à pente moyenne ou forte. Elle fréquente aussi les formations boisées claires, telle que celles à mélèze Larix decidua, pin cembro Pinus cembra ou pin à crochets Pinus montana. Un micro-relief accusé, lui offrant une bonne protection au sol, est une composante essentielle de son habitat de reproduction. Le nid est construit à même le sol et bien caché sous le couvert de buissons, de plantes herbacées ou de rochers.

De fin août à novembre, les bartavelles ont tendance à monter vers le haut des versants pour tirer profit de la repousse végétale et du développement des orthoptères (principale source de nourriture à l'automne). Elles fréquentent alors des pelouses entrecoupées de zones rocheuses, à l'adret comme à l'ubac, et les crêtes sommitales jusqu'à 2800 m.

En hiver, elles recherchent les sites où la neige fond rapidement. Le suivi de quelques oiseaux par radiopistage dans les Alpes françaises et autrichiennes a montré une grande variété de stratégies. Certains hivernent à haute altitude (jusqu'à 3000 m), se nourrissant au voisinage des sommets déneigés par le vent et s'abritant dans des excavations de parois rocheuses. D'autres se déplacent jusqu'à 9-10 km de leur lieu de reproduction vers des altitudes plus basses (700-1400 m) : ils fréquentent les talus de terrasses, les pentes escarpées couvertes de landes et pelouses, les lisières de prairies de fauche et de pâturages. Lors de tempêtes de neige, ils se réfugient parfois sous le couvert d'épicéa ou dans des granges à foin et s'aventurent même au voisinage des habitations. Ils peuvent ne stationner que quelques jours sur ces stations refuges, regagnant leurs quartiers d'été au premier redoux, mais quelques oiseaux y demeurent durant tout l'hiver. L'importance et la durée de l'enneigement ainsi que les caractéristiques locales du relief conditionnent largement la qualité des conditions d'hivernage des bartavelles.

Elle est connue d'après une enquête nationale sur le statut communal de l'espèce menée au cours de la décennie 1990-99. Limitée aux Alpes, la présence de la bartavelle a été signalée de façon régulière sur 343 communes et de façon sporadique sur 104 autres communes, réparties sur les sept départements alpins (Haute-Savoie, Savoie, Isère, Drôme, Hautes-Alpes, Alpes de Haute-Provence, Alpes-Maritimes). Alors que la régression de l'aire de distribution de la bartavelle avait été très marquée entre les décennies 1960 à 1980, peu de cas de disparition ont été mentionnés au cours de la décennie 90. Dans les pré-Alpes du Nord, on a même observé une tendance inversée : la bartavelle a en effet recolonisé certains massifs des Bornes-Aravis, d'Arve-Giffre, du Chablais et du Vercors où elle était mentionnée absente au cours de la décennie 80.

Les densités moyennes relevées dans les Alpes varient entre 1 et 4 mâles aux 100 ha au mois de mai. Sur les 16 sites qui ont fait l'objet de comptages de mâles durant au moins six ans, les effectifs sont en régression sur 5 sites et stables sur les 11 autres sites.

Par ailleurs d'importantes fluctuations de densité se manifestent d'une année à l'autre sur certains territoires. Elles sont dues essentiellement à des variations de la réussite de reproduction et dans une moindre mesure à celles de la mortalité hivernale.

Dans notre pays, la perdrix bartavelle est une espèce classée gibier. Sa chasse qui a lieu à l'automne est fortement réglementée.
Depuis le début des années 1980, différentes mesures ont été adoptées pour modérer les prélèvements : ouverture plus tardive, limitation du nombre de jours de chasse et du nombre journalier de perdrix tuées par chasseur, et instauration d'un plan de chasse légal dans les départements de l'Isère en 1987, de la Savoie en 1993 et des Alpes-Maritimes en 2000.
L'instauration depuis 1998 d'un carnet de prélèvement individuel obligatoire pour toutes les espèces de petit gibier de montagne permet désormais de connaître précisément les prélèvements cynégétiques réalisés sur ces espèces
En 2000 où le tir de la bartavelle était autorisé dans 4 départements (Savoie, Isère, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes) le tableau de chasse national a été de 155 bartavelles.

La modification du milieu de vie de la bartavelle par l'abandon des activités agro-pastorales en moyenne montagne et par l'implantation d'aménagements touristiques dans son biotope est sans doute à l'origine du déclin de l'oiseau en plusieurs régions. Espèce fragile mais douée de fortes potentialités d'accroissement, l'avenir de la bartavelle dépend essentiellement de l'entretien de milieux ouverts, de l'application d'une gestion cynégétique adaptée et de la préservation du patrimoine génétique des populations locales. Tout lâcher de perdrix rouge ou de perdrix choukar dans le biotope de la bartavelle doit être proscrit en raison des risques de croisement entre espèces et de la perte des caractères d'adaptation au biotope alpin qui peut en résulter.

Source : ONCFS
 
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